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Plateformes numériques de fret et mutualisation des chargements pour optimiser les trajets des camions

Plateformes numériques de fret et mutualisation des chargements pour optimiser les trajets des camions

Plateformes numériques de fret et mutualisation des chargements pour optimiser les trajets des camions

Dans le transport routier, tout le monde connaît le même ennemi : les kilomètres à vide et les semi-remorques à moitié remplies. Gas-oil brûlé pour rien, temps perdu, marges qui fondent… Pendant des années, on a bricolé avec le téléphone, le fax puis les mails. Aujourd’hui, les plateformes numériques de fret promettent de « remplir » les camions et d’optimiser les trajets grâce à la mutualisation des chargements.

Sur le terrain, qu’est-ce que cela change vraiment pour les conducteurs, les exploitants et les transporteurs ? Que permettent réellement ces outils, et où sont leurs limites ? C’est ce que je vous propose de décortiquer ici.

Le problème de départ : trop de kilomètres à vide

Avant de parler d’applis et de plateformes, il faut rappeler le contexte. En France et en Europe, selon les études (Eurostat, FNTR, etc.), on tourne régulièrement autour de 20 à 25 % de kilomètres à vide sur le transport de marchandises par route.

Concrètement, ça donne quoi pour un tracteur qui fait 120 000 km par an ?

Dans la réalité du métier, ces kilomètres à vide viennent de plusieurs situations :

Pendant des années, on a essayé d’optimiser ça avec :

Ça rend service, mais ça reste très manuel, très dépendant des relations humaines, et avec beaucoup de coups de fil. C’est là que les plateformes numériques de fret montent en puissance.

Plateformes numériques de fret : de quoi parle-t-on exactement ?

Sous le terme « plateformes numériques », on trouve plusieurs réalités. L’idée générale est la même : mettre en relation un besoin de transport (chargeur, industriel, distributeur, e-commerçant) avec une capacité disponible (transporteur, affrété, flotte à la demande), en temps réel ou presque.

On peut distinguer plusieurs types d’outils :

Ce n’est pas la même logique ni le même rapport de force. Un petit transporteur ne vit pas une place de marché « ouverte » comme une plateforme privée d’un gros chargeur. Mais dans tous les cas, l’objectif affiché est le même :

Mutualisation des chargements : ce que cela recouvre vraiment

La mutualisation, ce n’est pas qu’un mot à la mode pour les commerciaux. Sur le terrain, elle prend plusieurs formes très concrètes :

Les plateformes numériques viennent s’insérer là-dedans en :

Ce n’est pas de la magie, mais bien un calcul : des algos comparent des milliers de points (origines, destinations, horaires, types de marchandises, gabarits, ADR ou non, températures, etc.) pour proposer les meilleurs jumelages possibles.

Comment ça se passe concrètement pour un transporteur ?

Dans la pratique, un petit ou moyen transporteur va souvent utiliser ces plateformes de deux manières :

Un exemple très concret vécu par un exploitant que j’ai interrogé :

– 8 tracteurs, activité principale : lots complets pour un industriel de l’agroalimentaire, flux surtout Nord → Sud. – Problème : trop de retours à vide ou mal payés. – Mise en place : inscription sur une plateforme de fret « temps réel », paramétrage des zones géographiques et des contraintes (frigo, ADR, etc.). – Résultat au bout de 6 mois :

Sur ces bases, l’entreprise a amorti sans problème la prise en main de la solution et le temps passé au début.

Gains réels : où se fait la différence ?

Les gains ne se limitent pas aux kilomètres. Sur les retours d’expérience que j’ai pu compiler, on retrouve souvent les mêmes bénéfices :

Côté chargeurs, l’intérêt est aussi notable :

Une donnée qu’on oublie souvent : moins de km à vide, c’est aussi un argument CO₂ de plus en plus utilisé dans les appels d’offres. Réduire de 10 000 km par an le roulage inutile, c’est plusieurs tonnes de CO₂ évitées (en ordre de grandeur, 0,8 à 1 kg de CO₂ par km pour un ensemble routier). Certains chargeurs y sont très sensibles.

Freins et limites : tout n’est pas rose

Sur le papier, tout le monde est gagnant. Sur la route et dans les bureaux d’exploitation, c’est plus nuancé. Trois grandes limites reviennent souvent :

Un autre point souvent remonté par les conducteurs :

Sur ce dernier point, on retrouve la différence entre la théorie des plannings et la vraie vie avec les bouchons, les pauses réglementaires et les aléas d’exploitation.

Impacts concrets pour les conducteurs et exploitants

Pour les conducteurs, la mutualisation et les plateformes peuvent changer plusieurs choses :

Pour les exploitants, la donne évolue aussi :

Un exploitant me résumait ça ainsi : « Avant, je passais 80 % de mon temps au téléphone, 20 % sur les chiffres. Avec la plateforme, c’est en train de s’inverser. » À condition d’être à l’aise avec l’informatique et de bien paramétrer les outils.

Comment choisir et utiliser une plateforme sans se tirer une balle dans le pied

Entrer dans une logique de mutualisation numérique ne se fait pas en cliquant sur « s’inscrire ». Quelques questions à se poser avant :

Quelques bonnes pratiques observées chez les transporteurs qui s’en sortent bien :

Sur la partie mutualisation pure, il est aussi utile de :

Et demain : vers des trajets vraiment optimisés de bout en bout ?

Les plateformes de fret ne sont qu’une pièce du puzzle. Pour aller plus loin dans l’optimisation des trajets et la mutualisation, d’autres briques commencent à se connecter :

Sur le terrain, on reste encore loin d’une optimisation parfaite. Les aléas resteront toujours là : retard de production, client absent, panne, météo, grève, etc. Mais on voit déjà apparaître des gains concrets dès qu’on arrive à :

À retenir pour les pros du transport

Pour terminer, quelques points clés à garder en tête si vous envisagez d’utiliser ou de développer la mutualisation via des plateformes numériques de fret :

Les plateformes numériques de fret et la mutualisation des chargements ne remplacent pas le savoir-faire des routiers, des exploitants et des logisticiens. Elles leur offrent simplement un tableau de bord plus large et plus réactif pour faire ce qu’ils savent déjà faire : remplir au mieux les camions, au juste prix, avec le minimum de temps perdu et de kilomètres pour rien.

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