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Carburants alternatifs dans le transport, entre bio carburants et gaz pour diversifier l’énergie des flottes

Carburants alternatifs dans le transport, entre bio carburants et gaz pour diversifier l’énergie des flottes

Carburants alternatifs dans le transport, entre bio carburants et gaz pour diversifier l’énergie des flottes

Depuis quelques années, on entend partout parler de « carburants alternatifs » pour le transport routier. Bio carburants, gaz, biogaz, HVO, B100, GNV, bioGNV… Derrière ces acronymes, il y a surtout une réalité très simple : les entreprises cherchent à diversifier l’énergie de leurs flottes sans mettre en péril l’exploitation ni exploser les coûts.

J’ai passé plus de 20 ans entre le siège et la route. J’ai vu arriver l’Euro 3, l’Euro 6, l’AdBlue, les boîtes robotisées, et maintenant le gaz et les bio carburants. Sur le papier, tout est toujours « révolutionnaire ». Sur le terrain, c’est autre chose. Dans cet article, on va regarder froidement ce qui existe réellement aujourd’hui pour remplacer (ou compléter) le gazole dans le transport routier, avec des chiffres, des retours d’expérience et des limites bien concrètes.

Carburants alternatifs : de quoi parle-t-on exactement ?

On va laisser de côté l’électrique et l’hydrogène, qui méritent un dossier séparé. Ici, on se concentre sur ce qui est déjà utilisé de façon significative dans le transport de marchandises :

Tous ont le même objectif : réduire les émissions de CO₂ (officielles), améliorer l’image environnementale des flottes, et parfois profiter d’avantages fiscaux. En contrepartie, il faut composer avec :

Avant de signer un contrat multi-annuel pour « verdir » votre flotte, il vaut mieux regarder poste par poste : carburant, maintenance, autonomie, disponibilité, et contraintes d’exploitation.

Le B100 : le bio carburant « simple » pour les flottes captives

Le B100, c’est du bio carburant pur, majoritairement à base d’huile de colza, autorisé pour certains camions homologués. Il se stocke et se distribue comme un gazole sur une cuve dédiée.

Sur le terrain, on le retrouve surtout :

Avantages opérationnels :

Limites et points de vigilance :

Exemple vécu : une flotte régionale de 50 porteurs en messagerie est passée au B100 sur son dépôt. Sur un kilométrage moyen de 60 000 km/an par porteur, conso moyenne de 27 L/100, on est à :

En face, l’entreprise gagne :

Pour eux, c’est rentable non pas sur le coût au kilomètre pur, mais sur la capacité à garder et gagner des contrats sensibles à l’empreinte carbone.

Le HVO : le faux jumeau « premium » du gazole

Le HVO (type HVO100) est souvent présenté comme la solution miracle : carburant de synthèse, compatible avec des moteurs Diesel classiques (selon homologation constructeur) et pouvant être distribué au poste existant, parfois même en mélange dans le gazole.

Points forts :

Mais :

Dans une flotte longue distance, le HVO peut être un moyen rapide de « verdir » une partie des pleins, sans modifier les véhicules ni les tournées. On le voit parfois utilisé sur :

Pour un exploitant, la question centrale reste simple : qui paye le surcoût ? Si le chargeur accepte un supplément de 3 à 5 % sur le prix du transport pour bénéficier d’un reporting CO₂ amélioré, l’équation peut tenir. Sinon, cela reste souvent limité à un pourcentage modeste de la flotte.

GNV et bioGNV : le gaz, un vrai changement de métier

Avec le GNV (et surtout le bioGNV), on ne parle plus d’un simple changement de carburant, mais d’un changement de technologie.

Deux grands formats :

Les constructeurs annoncent souvent :

Sur la route, ce qu’on constate réellement :

Exemple concret sur un ensemble 44 t en GNL par rapport à un Diesel équivalent, sur longue distance :

Le bioGNV ajoute une dimension environnementale intéressante : même camion, même station, mais gaz d’origine renouvelable injecté dans le réseau. Les annonces parlent de -80 à -90 % de CO₂. Sur les rapports RSE, ça fait la différence.

Vu du planning, il y a toutefois plusieurs contraintes :

Une entreprise que j’ai suivie a basculé une dizaine de tracteurs grand routier en GNL avec contrat gaz sur 5 ans. Résultat :

Carburants alternatifs : impact réel sur l’exploitation

Au-delà des beaux graphiques, ce qui intéresse un exploitant ou un conducteur, c’est : est-ce que ça change le travail au quotidien ? Oui.

Autonomie et planification :

Temps de ravitaillement :

Maintenance :

Accompagnement des conducteurs :

Combien ça coûte vraiment ? Quelques ordres de grandeur

Pour rester concret, imaginons un tracteur 44 t qui roule 120 000 km/an, avec une base Diesel de 30 L/100 km, soit :

On simplifie, prix moyen gazole professionnel : 1,50 €/L (c’est un exemple). Coût carburant annuel :

Maintenant, on regarde grossièrement :

Attention : ces chiffres sont indicatifs et peuvent changer complètement selon la période, la fiscalité, les contrats, les remises, etc. On voit déjà un point clé : le gaz peut permettre de faire baisser le coût carburant, mais au prix :

Pour le B100 et le HVO, l’équation économique est souvent défavorable si l’on regarde uniquement le plein. L’intérêt vient :

Quelles énergies alternatives pour quel type de flotte ?

Tout le monde n’a pas besoin ni intérêt à se précipiter sur la même solution. Quelques grandes lignes qui reviennent souvent sur le terrain :

Le marketing vert face à la réalité de la route

Les commerciaux parlent de « zéro émission » ou de « neutralité carbone ». Sur le terrain, on sait que ce n’est jamais aussi simple. Quelques questions à poser systématiquement avant de s’engager :

Une anecdote fréquente : un transporteur signe pour du bioGNV afin de satisfaire un chargeur, puis découvre qu’en pratique, la station fournie distribue parfois du GNV fossile selon les approvisionnements, avec un système de certificats « massiques » pour compenser. Sur le papier, le bilan CO₂ reste bon, mais sur la route, le conducteur, lui, ne voit qu’un pistolet de gaz. D’où l’intérêt de vérifier comment sont gérés ces mécanismes.

À retenir avant de diversifier l’énergie de sa flotte

Quelques messages clés à garder en tête :

Les carburants alternatifs ne vont pas faire disparaître le gazole du jour au lendemain, mais ils s’installent peu à peu dans les flottes. La question n’est plus « est-ce que je dois y passer ? », mais plutôt « quand, sur quels véhicules, et avec quel montage technique et économique ? ».

Comme souvent dans ce métier, ceux qui s’en sortent le mieux ne sont ni ceux qui refusent tout changement, ni ceux qui foncent sur la première innovation à la mode. Ce sont ceux qui testent, mesurent, comparent et gardent un œil à la fois sur leurs kilomètres, leurs factures et leurs engagements auprès des clients.

Bernard

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