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Camions électriques longue distance et défis d’autonomie réelle pour les transporteurs routiers européens

Camions électriques longue distance et défis d’autonomie réelle pour les transporteurs routiers européens

Camions électriques longue distance et défis d’autonomie réelle pour les transporteurs routiers européens

On entend partout que le camion électrique longue distance est « l’avenir du transport ». Autonomie annoncée : 500, 600 voire 800 km. Zéro émission à l’échappement, silence, image verte auprès des clients. Sur le papier, tout est beau.

Mais quand on passe du salon à la route, surtout en Europe avec ses contraintes (temps de conduite, péages, reliefs, météo, planning clients), la question devient très simple : combien de kilomètres réels peut-on faire avec un plein d’électrons, sur une journée de transport type ?

Où en est vraiment le camion électrique longue distance en Europe ?

Les grands constructeurs ne sont plus en phase de prototype. On trouve déjà sur le marché européen :

Sur le terrain, les premiers clients sont surtout :

Le vrai sujet, pour un transporteur routier européen lambda, ce n’est pas d’afficher un camion électrique sur un stand. C’est de savoir s’il peut remplacer, au quotidien, un tracteur diesel longue distance sans exploser les coûts ni les plannings.

Autonomie annoncée vs autonomie réelle : l’écart qui fait mal

Les fiches constructeurs annoncent souvent l’autonomie « jusqu’à X km » dans des conditions idéales. Sur la route, les transporteurs constatent plutôt :

Exemple réel relevé chez un transporteur allemand sur un ensemble 40 tonnes :

Résultat : ils planifient 250 km utiles par charge pour ne pas stresser les conducteurs. C’est très différent du chiffre « marketing ».

Les 6 paramètres qui font varier l’autonomie sur route

Sur un diesel, on sait qu’on tournera en gros entre 28 et 34 l/100 sur longue distance, selon la mission. Sur un électrique, la variabilité est encore plus marquée. Les principaux facteurs sont :

Vu de l’exploitation, cela veut dire une chose : on ne peut pas encore planifier un camion électrique longue distance au plus serré, comme un diesel. Il faut des marges, des plans B, des points de charge identifiés en réserve.

Temps de conduite, pauses et recharge : la vraie équation européenne

L’un des arguments des constructeurs est souvent : « le temps de recharge se cale sur les temps de pause réglementaires ». En théorie, ce n’est pas idiot. En pratique, ça dépend de trois choses :

Prenons un cas typique en Europe :

Avec un diesel, on ne se pose pas la question : plein au dépôt, éventuellement un complément sur autoroute, et c’est réglé. Avec un électrique :

Un exploitant français me racontait une situation très concrète sur une navette transfrontalière :

Résultat : journée allongée de 1h30 à 2h selon le trafic. Ce n’est pas neutre sur l’organisation de la flotte, ni sur les coûts de main-d’œuvre.

Où recharger réellement un camion électrique longue distance en Europe ?

Côté recharge, on distingue trois grands scénarios :

Dans plusieurs pays (Allemagne, France, Espagne, Italie), des projets de corridors de recharge pour poids lourds sont annoncés. Mais pour un transporteur qui décide aujourd’hui d’investir dans un camion électrique longue distance, compter sur un réseau public fiable en 24/7 reste risqué.

La plupart des pionniers organisent donc leurs tournées autour :

Quels types de missions longue distance sont déjà compatibles ?

Malgré ces limites, certains usages longue distance commencent à être exploitables en électrique, à condition de bien cadrer la mission. Parmi les cas qui fonctionnent le mieux :

En revanche, les missions les plus compliquées à basculer aujourd’hui sont :

Coût total : faut-il craindre la note d’autonomie ?

Beaucoup de transporteurs se demandent : « même si l’autonomie est juste, est-ce que financièrement, ça tient la route ? » Le calcul ne se résume pas au prix d’achat du camion.

Sur un horizon 7 à 8 ans, il faut regarder :

Un retour d’expérience d’un groupe logistique nordique sur 5 tracteurs électriques 40 t, exploités en navettes longues distance régionales, donne une tendance :

Au final, sur ce cas précis, le coût total par km était encore légèrement supérieur à la solution diesel, mais l’écart se réduisait année après année avec l’amélioration de l’organisation et la baisse progressive du coût de l’électricité négociée.

Ce qui marche vraiment sur le terrain aujourd’hui

Les premiers transporteurs qui s’en sortent bien avec des camions électriques longue distance ont en général plusieurs points communs :

Un patron de PME de l’Est de la France, qui exploite deux tracteurs électriques sur des flux transfrontaliers, résume bien la situation :

« Si tu veux faire exactement la même mission qu’en diesel, tu vas droit dans le mur. Si tu acceptes de redessiner la ligne autour du camion électrique, tu peux t’en sortir. Mais il faut y passer du temps, et tout le monde dans la chaîne doit jouer le jeu. »

Ce qui reste clairement à améliorer

Pour que le camion électrique longue distance devienne une vraie option de masse en Europe, trois gros verrous doivent encore être levés.

Sans cela, les transporteurs resteront prudents et limiteront l’électrique aux lignes les plus prévisibles.

À retenir pour les transporteurs qui s’interrogent

Si vous êtes transporteur routier en Europe et que vous commencez à étudier l’option camion électrique longue distance, quelques points clés méritent d’être gardés en tête :

L’autonomie réelle des camions électriques longue distance n’est pas aujourd’hui au niveau d’un diesel qui avale 1000 km avec ses pleins. Mais ce n’est pas forcément le bon comparatif. Sur un grand nombre de flux européens, entre 200 et 400 km/jour, avec retour à la base, l’électrique peut déjà trouver sa place, à condition de jouer franc jeu avec les chiffres et de ne pas croire aux miracles des plaquettes commerciales.

Sur la route, ce qui compte, ce n’est pas le « jusqu’à 500 km » d’un catalogue. C’est le kilomètre qu’on est sûr de pouvoir faire tous les jours, par tous les temps, avec un client qui vous attend et un conducteur qui ne finit pas sa journée en stress à chercher une borne à 2 % de batterie.

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